Credits biodiversité

Les crédits de biodiversité sont un système similaire aux crédits carbone, mais visent spécifiquement à préserver et à protéger la biodiversité. Ils sont conçus pour encourager la conservation des écosystèmes et des espèces en attribuant une valeur monétaire à la protection de la diversité biologique.

Certains critiques estiment que la financiarisation de la nature pourrait conduire à des « fausses solutions » qui ne résolvent pas réellement les problèmes environnementaux, mais qui permettent aux entreprises d'acheter des crédits pour continuer leurs activités polluantes sans changement significatif.

Ils sont générés par des actions de conservation spécifiques telles que la restauration des habitats naturels, la protection des espèces menacées, ou encore la mise en place de pratiques de gestion durable des terres. Ces actions génèrent des crédits qui peuvent être achetés, vendus ou échangés sur un marché dédié.

Les entreprises ou les individus peuvent acquérir ces crédits pour compenser leurs propres impacts négatifs sur la biodiversité. Par exemple, une entreprise qui a des activités ayant un impact sur la biodiversité pourrait acheter des crédits pour soutenir des projets de conservation ailleurs, compensant ainsi leur empreinte écologique.

Global-Review-of-Biodiversity-Credit-Schemes-Pollination-October-2023.pdf (pollinationgroup.com)

Financiarisation de la nature

"La financiarisation de la nature risque de transformer la diversité biologique en simple actif financier, perdant ainsi son caractère sacré et vital pour notre survie." - Vandana Shiva

Cette financiarisation, notamment à travers des mécanismes tels que les crédits de carbone ou les crédits de biodiversité, suscite plusieurs préoccupations et craintes :

1. Marchandisation de la nature : Certains craignent que la valorisation monétaire de la nature réduise sa valeur intrinsèque à une simple transaction économique. Cela pourrait conduire à une approche utilitariste de la nature, où sa valeur est déterminée par sa rentabilité économique plutôt que par sa valeur en tant qu'écosystème.

2. Accaparement des ressources : Il existe des inquiétudes quant à la possibilité que des entreprises ou des investisseurs achètent des droits sur des ressources naturelles ou des territoires pour générer des crédits de biodiversité, ce qui pourrait entraîner une privatisation ou une exclusion des communautés locales.

3. Impact social : La financiarisation de la nature pourrait potentiellement marginaliser ou négliger les communautés locales qui dépendent des écosystèmes concernés. Les mécanismes mis en place pour la conservation pourraient parfois avoir des conséquences négatives sur les populations locales en restreignant leur accès aux ressources naturelles.

4. Spéculation et volatilité : Comme pour d'autres produits financiers, il existe des préoccupations concernant la spéculation autour des crédits de biodiversité. Une spéculation excessive pourrait conduire à une volatilité des prix et à des impacts imprévus sur la nature.

Droit à polluer

En théorie, les crédits de biodiversité sont conçus pour encourager la conservation et la protection des écosystèmes en permettant à des entreprises ou des entités de compenser leur impact sur la biodiversité en soutenant des initiatives de conservation ailleurs. L'objectif est d'inciter à la préservation des écosystèmes en générant des incitations financières pour les efforts de conservation.

Cependant, certains critiques considèrent que ce mécanisme pourrait potentiellement être perçu comme un "droit à polluer". Leur argument repose sur le fait que les entreprises pourraient acheter des crédits de biodiversité pour compenser leurs activités destructrices pour l'environnement, tout en continuant à exercer ces activités sans réelle réduction de leur impact.

Cela soulève des préoccupations quant à la possibilité pour les entreprises de "racheter" leur responsabilité environnementale sans réellement modifier leurs pratiques néfastes pour la biodiversité. Dans cette perspective, les crédits de biodiversité pourraient être assimilés à un mécanisme permettant de continuer à impacter la nature moyennant une compensation financière.

La séquence "éviter, réduire, compenser" constitue un cadre essentiel dans la gestion des impacts sur l'environnement. Ce principe guide les actions en priorisant d'abord la prévention des dommages, puis la réduction de ces dommages s'ils ne peuvent être évités, et enfin la compensation des impacts résiduels. En plaçant la prévention en premier lieu, cette séquence encourage une approche proactive et responsable vis-à-vis de l'environnement. Elle incite à trouver des solutions durables, à minimiser les conséquences néfastes et, si nécessaire, à restaurer ou compenser les dommages causés. C'est un outil précieux pour orienter les activités humaines vers une coexistence plus équilibrée avec la nature, tout en cherchant à maintenir l'intégrité des écosystèmes et des communautés.

Defis techniques et technologiques:

Cependant, la mise en œuvre des crédits de biodiversité pose des défis techniques similaires à ceux des crédits carbone. Les crédits de biodiversité font face à plusieurs défis et blocages potentiels qui entravent leur mise en œuvre efficace :

1. Manques de données: La valorisation de la biodiversité est complexe. Déterminer la valeur monétaire précise des services écosystémiques ou de la diversité biologique peut être difficile et sujet à interprétation.

2. Manque de transparence : Il existe des préoccupations concernant le manque de contrôle et de transparence dans les marchés des crédits de biodiversité, ce qui pourrait conduire à des pratiques peu éthiques ou à des initiatives de conservation inefficaces.

3. Manque de suivi : La surveillance des impacts réels des projets de conservation sur la biodiversité est souvent coûteuse et complexe. Sans un suivi précis, il est difficile de garantir que les crédits achetés ou échangés contribuent effectivement à la conservation.

4. Manque de standard : Il n'existe pas encore de normes universelles pour évaluer et échanger les crédits de biodiversité. Cette absence de standardisation rend difficile la comparaison et l'échange entre différentes initiatives de conservation.

Malgré ces défis, les crédits de biodiversité représentent un outil potentiellement efficace pour encourager la conservation et la préservation des écosystèmes fragiles. Ils sont également un sujet de recherche et de développement pour améliorer leur efficacité et leur impact sur la protection de la biodiversité à long terme.

Ces craintes soulignent la nécessité de mettre en place des réglementations solides, une gouvernance transparente et une participation inclusive ainsi que des outil technologique appropriés pour atténuer les risques potentiels liés à la financiarisation de la nature.